L'homme à tête de chou de Jean-Claude Gallotta

Publié le par freesia

gallotta-lhomme-a-tete-de-chou.jpg L’homme à tête de chou de Jean-Claude Gallotta
Quatorze danseurs entrent un à un sur scène, approchent de ce fauteuil de bureau qu’Alain Bashung devait occuper, et d’un geste que chacun reprendra lors d’un solo, saluent à leur façon l’artiste dont la voix va nous envoûter pendant plus d’une heure. En effet tous les textes de l’album-concept L’homme à tête de chou de Serge Gainsbourg seront lus, chantés, interprétés par le seul poète qui pouvait s’en charger. Porté, soutenu, enveloppé par une musique incroyablement retravaillée.
Hormis quelques accessoires qui vont apparaître de temps à autre, une autre chaise ou une poubelle dans laquelle un homme plonge sa tête, l’espace est nu. Les costumes seront multiples, peut-être trop, chemises blanches et pantalons noirs, robes, jean, chaussures à talons, bas noirs sur la tête, ou ne seront pas lorsqu’une danseuse titube sur scène, sa culotte tombée aux chevilles, le corps nu, dans un style étonnant de fragilité qu’elle aurait pu accentuer davantage. Marilou, l’héroïne dont la fin est tragique, a plusieurs visages ; tantôt elle est cette blonde longiligne séductrice et aimante, tantôt cette brune aux cheveux courts qui prend son plaisir seule, ou encore cette autre qui de façon presque animale s’empare de deux hommes à la fois. Ce dernier trio est d’ailleurs pour le moins surprenant : la danseuse ne lâche pas un seul instant les braguettes des deux danseurs, le trio se déplace en bloc et ondule telle une hydre avec une rapidité et une suavité suggestives. Les mouvements de groupes sont nombreux aux tendances africaines puis jazzy ou purement contemporaines. La pièce se termine d’ailleurs sur l’un de ces passages qui conduit l’ensemble des danseurs au sol, en ligne sur le dos, en front de scène, la tête vers le public, dans une montée en puissance que l’on attendait.
Cependant l’espace ne semble pas occupé naturellement, comme si la scène était trop grande ou excentrée. La gestuelle comporte beaucoup de sauts, de rebonds, de chaloupés, de déplacements en file indienne, quasiment aucun passage au sol. On sent qu’elle tente de suivre la vitesse du rock de la musique sans parvenir pour autant à en transmettre l’énergie. La danse se contente d’illustrer presque mot pour mot l’histoire des textes, comme engoncée, limitée, intimidée. Elle n’est pas exceptionnellement inventive. Il faut dire que le pari était périlleux face à ces deux grands que sont Gainsbourg et Bashung.
Ou bien est-ce simplement la preuve s’il en fallait une que la danse est un langage en elle-même ; la juxtaposer à un texte confine à la cacophonie. Et pourtant les pièces se multiplient qui associent texte et danse actuellement.
Jean-Claude Gallotta a toutefois le mérite indéniable avec cette œuvre d’inviter un large public à découvrir une facette de la danse contemporaine. Bashung et Gainsbourg en sont les catalyseurs ; les interprètes défendent énergiquement leur rôle dans une esthétique certaine. Souhaitons que l’envie de voir d’autres pièces de danse imprègnera les spectateurs ; Jean-Claude Gallotta aurait alors réussi l’essentiel : ouvrir la danse à celui qui ne la remarquait pas.


Publié dans Danse

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gelinotte 27/01/2010 08:30



voilà une pièce que j'aurais aimé voir....  je suis curieuse de voir ce que bashung a apporté et ce que gallotta en a fait...



freesia 28/01/2010 09:45


La voix de Bashung et la musique aux sons punchy sont sans doute ce qui m'a le plus transportée... J'ai hâte d'avoir ton avis !
http://www.gallotta-danse.com/tournees.asp
tu y trouveras les dates et lieux de la tournée, en espérant que la pièce passe près de chez toi !