L’autre et moi… Impromptu chorégraphique d’Yvann Alexandre

Publié le par freesia

L’autre et moi… Impromptu chorégraphique d’Yvann Alexandre

Le spectacle commence dès la porte du musée poussée. Avec trois dollars en poche, soyez prêts à en entendre et en voir de toutes les couleurs ! S’il ne vous en reste qu’un, vous en prendrez pour votre grade aussi… Le ton est donné, c’est vous qui l’avez voulu, vous partez à la rencontre de tous les différents, de toutes les différences, de ces autres dont vous êtes aussi.
C’est un passeur aux talons aiguilles, de dollars vêtu, qui tel un garde chiourme vous autorise à entrer. Quels sont ses réels desseins ? Sans doute rejoignent-ils ceux de cet ange noir si bavard qui nous guide, affublé de son double, muet et si léger.
Nous déambulons pour rejoindre l’un après l’autre une floppée de recoins aménagés minutieusement dans la disparité. Là, des danseurs novices, après trois semaines de travail assidu, interprètent ce que l’on devine être la même phrase chorégraphique adaptée à chacun, réinventée, étirée, remodelée, accessoirisée. L’on devrait y découvrir la métamorphose, la naissance, l’enfermement dans un univers trop lourd, la cible de préjugés et tant d’autres choses. Mais chaque regard s’imprègne de ce qu’il veut, de ce qu’il peut, de ce qui le submerge. « Ah nan le rose, c’est pas pour moi ! » réveillera l’un. Ce cocon géant subjuguera l’autre. Ces ombres sur le mur rassureront, cette toute jeune dont on pourrait croire qu’elle est sûre d’elle témoignera d’une détermination fragile, ce tatoué qui crache sa douceur, cette transparente qui occupe si bien l’espace… Et ce langage des signes ? Et ce monologue avec un héron ? Et cette cachette sous les oreillers ? Et ce train… Et ce texte, ce texte écrit par l’une des interprètes.
Impromptu, oui. Parce si peu de temps de préparation... Mais pièce entière car l’on ne repart pas sans un cœur qui vibre à outrance, des yeux lavés, des mâchoires desserrées. L’émotion est si prégnante, l’ambiance est chargée et porteuse à la fois. L’univers fluide et harmonieux de la chorégraphie d’Yvann Alexandre plane. La fierté de chaque participant est évidente, justifiée et réconfortante. En repoussant leurs propres limites, en accordant leur confiance à la danse, ils ont découvert une fibre insoupçonnée. De quoi retrouver des forces, recomposer un tissu social, assumer. Le noir vous va bien, Yvann Alexandre !

© Aurélie Beaupel

Publié dans Danse

Commenter cet article