Chantier public Série solos de Louise Bédard

Publié le par freesia

Avec quatre interventions dans six lieux différents pendant la biennale de danse de Cholet, la compagnie Louise Bédard danse a eu l'occasion d'approfondir son expérience autour de Série solos, la dernière création de Louise Bédard. Partie à la recherche de l'essence même du solo, la chorégraphe l'utilise comme un moyen d'interroger la relation danseur-spectateur ainsi que le rapport des deux à ce qui les entoure. Selon qu'ils sont en intérieur ou extérieur, public et artiste ne vivent pas l'événement de manière semblable.

Ainsi le duo de deux hommes dans un jardin, la nuit, dessine une ambiance, une atmosphère presque cinématographique d'autant que la danse s'apparente à un combat parfois. Quelques heures auparavant, le sort avait voulu que le spectateur ait un ticket rouge ou un jaune, lui indiquant quelle danseuse suivre, soit dans une cour soit dans une petite pièce, et le frustrant aussitôt de ne pouvoir assister aux deux solos. Chose réparée pour ceux qui ont pu assister le surlendemain à la restitution sur scène. Une scène sur laquelle le spectateur peut se faufiler selon les zones dessinées par les éclairages. Une scène qui fourmille et impose un choix du regard quand deux danseurs évoluent à des endroits opposés. Une scène où la voix se fait entendre et explique certains mouvements vus les jours précédents comme cette "cathédrale que je vois par la fenêtre" et dont les contours étaient marqués du doigt par Marie Claire Forté. On y retrouvait le jeu de Mikado aperçu précédemment dans un musée. A force, le spectateur pouvait se sentir en terrain connu ; on aurait aimé savoir ce que les interprètes en ressentent.

Le tout s'est achevé, le dernier jour, sur un solo dansé par la chorégraphe en pleine ville. L'on  découvrait son plaisir à se faufiler entre les badauds, à ajuster son regard à la hauteur de celui d'une fillette, à titiller un photographe en s'approchant trop près de son objectif. On pouvait la voir humer, sourire, virevolter comme pour savourer ces derniers instants à Cholet. S'accrocher au cou d'une jeune  femme, bousculer de l'épaule un directeur, s'assoir à côté d'une mamie : chaque geste témoignait de son acuité en matière d'environnement. Cinq minutes épurées qui apportent la danse jusqu'au spectateur.

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