Bruit blanc de François Grippeau

Publié le par freesia

Bruit blanc de François Grippeau
La scène est presque entièrement remplie par des tables d’auscultation ou d’opération dont certaines se chevauchent. Durant les premières minutes, une vidéo est projetée sur un écran en tout fond de scène. On sait que l’on connaît cette image, ce rythme, cette couleur, ces reflets, ces ondulations mais on ne comprend pas de quoi il s’agit. Il faut que le balayage visuel soit bien plus avancé pour que l’on saisisse : c’était la mer que l’on voyait. La mer à l’envers, qui s’échappant lentement vers le haut laisse apparaître un ciel bleu puis gris parsemé de nuages. Un son de vent, de mer… A l’envers.
François Grippeau commence par évoluer infiniment lentement sur les tables, s’asseyant ici, glissant vers la suivante pour s’y allonger dans un équilibre ou une torsion complexe. Une tension est prégnante, en accord avec des instants de perte totale du contrôle. Des microsecondes où l’homme perd pied avant de se retrouver une tonicité. Une guitare électrique utilisée davantage comme une percussion habille en live, mais dans l’orchestre, cette partie. Le danseur quitte un déhanché, dégouline d’une table, comme pour la découvrir sous tous les angles. Comme pour découvrir une situation. Son costume aux couleurs d’hôpital lui permet de disparaître à l’intérieur parfois. Les trajets de table en table se sont multipliés ; il revient plusieurs fois sur la même, prend de la hauteur sur une autre, stoppe net ici, sursaute là. Un dédale de faits ou d’endroits liés à une diversité de sentiments plutôt angoissants ou du moins ne renvoyant pas à l’idée du bien-être.
L’interprète occupe ensuite le front de scène, là où les tables ne sont pas. Dans une tendance plus dynamique, on croit voir un funambule sur le fil de la vie, un sportif à l’esprit combatif. Souvent dos au public, comme si tous regardaient dans le même sens…  En tout cas, face aux tables qu’il nargue. Les positions ne sont plus décalées mais rappellent les gestes de basketteur, de rugbyman,  de circassien, tout en étant liés par ceux de la danse. Une impression d’énergie ressort, de volonté de relever un défi.
Une vidéo montre François Grippeau attendant dans le couloir d’un hôpital, là, assis sur un banc, comme pour un contrôle qui jalonnerait sa vie.  
Enfin une musique rock endiablée porte le danseur à un degré de frénésie telle que la danse sans doute improvisée devient transe. Le défoulement d’un corps et d’un mental poussés à bout par trop de questions sans réponse, trop d’attente ou de douleurs est total. L’énergie déployée est palpable.
En transcrivant artistiquement ses sensations rencontrées lors de passages en hôpital, François Grippeau nous fait partager un travail personnel de longue haleine et prouve combien la danse est propre à exprimer l’intime. Sans aucun patos, sans la moindre leçon, il aborde un pan de la vie que chaque humain aura à assumer un jour ou l’autre, directement ou non. On se sent moins seul soudain.


Plus d'infos : quidam20@free.fr


Publié dans Danse

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pauliNE 30/12/2009 09:46


Merci pour ce post qui donne vraiment envie de découvrir la chorégraphie :)

pauline
http://danseaclermont.blogspot.com/