Bahok d’Akram Khan

Publié le par freesia

Bahok d’Akram Khan

Quelques chaises éparses sur un plateau nu, un panneau électronique d’affichage : le cadre de Bahok s’apparente à un hall de gare ou d’aéroport. A une heure tardive sans doute car seules huit personnes y attendent leur départ. Un départ reporté pendant une heure quinze.
Les premiers instants sont plus joués que dansés, sans musique ; l’un téléphone bruyamment, l’autre s’endort sur son voisin pendant qu’une autre compulse frénétiquement des morceaux de papier froissés. L’humour est de mise dans ce calme. Seul le changement d’affichage rythme la scène, hypnotise les huit interprètes. « Reporté ». L’unique chose indiquée… pour l’instant. Peu à peu les uns ne sont plus indifférents aux autres ; ils se sont remarqués, observés. C’est alors que la relation deux à deux génère la danse. Comme un dialogue qui débuterait, comme une présentation de chacun, de sa nationalité, de son être. La danse est d’une fluidité, rapide, avec une relation au sol (impressionnante Eulalia Ayguade Farro !) mœlleuse et inventive. Des passages en groupe révèlent, dans une précision infaillible et dans la totalité de l’espace, le style d’Akram Khan. Les groupes font le plus souvent face au public, on y devine des mouvements de danse traditionnelle indienne modernisés, mixés, accélérés, hybridés. Tout comme la musique de Nitin Sawhney qui s’avère puissamment actuelle tout en étant basée sur des rythmiques indiennes, des mélodies asiatiques ou que sais-je encore. La vivacité, les élans, les contretemps, tout dévoile la personnalité singulière, unique et déterminée du chorégraphe.
Pour autant, il nous montre la vie, notre vie. Une rixe manque de dégénérer et le panneau d’affichage s’affole affichant en vrac toutes les lettres, un couple qui n’en est pas un rencontre la barrière de la langue à une frontière, une femme garde précieusement les chaussures de son père (une Shanell Winlock habitée). Les gros plans ponctuent la pièce jusqu’au moment où un téléphone portable va servir de télécommande pour le tableau d’affichage qui dialoguera. Posant des questions sur les origines, il finira par indiquer un numéro de téléphone, lequel sera composé par une interprète : « Allo maman ? ».
C’est sur cette phrase que s’achève Bahok après avoir fait tour à tour sourire ou frémir. Après nous avoir prouvé que déraciné, d’origines différentes, le partage avec l’autre constitue le quotidien qu’on le veuille ou non.

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