La Kitchen par la compagnie Linga

Publié le par freesia

photo Hugues Siegenthaler

Vendredi 1er juin, au Studio Garnier, rue Noire, dans le cadre des Connivences de juin (biennale de la danse contemporaine), le CCNN accueillait la compagnie Linga. C'est en 1992 qu'elle a été fondé par Katarzyna Gdaniec et Marco Cantalupo et basée à Lausanne. Elle, ancienne étoile du Ballet du XXe siècle de Béjart ; lui, ancien danseur du Béjart Ballet Lausanne, entre autres.

Ils ont choisi un huis clos, dans une cuisine. Cinq danseurs s'y côtoient, s'y énervent, s'y aiment sans oublier de se sustenter ! Rencontres, tensions et ingrédients... En voyant la  photo, mon premier réflexe avait été un lassif "trop théâtral pour moi". C'était sans compter le pouvoir de surprise de cette troupe, sa capacité à innover, sa fureur d'exprimer ! Ainsi ai-je pu trépigner au rythme d'une batterie improvisée avec un meuble de cuisine et une botte de spaghettis. J'en suis la première étonnée. Et durant 60 minutes il en a été de même. L'amplification des gestes usuels communs pratiqués dans toute cuisine donne naissance au même instant à une musique aussi rigolote que saccadée. Plus tard, Kana Ote, l'une des danseuses, évolue pieds et mains dans des assiettes tel un insecte glissant à la surface de l'eau. Magique ! Quant à la marche de cette autre femme sur quatre boîtes de conserves, elle s'apparente à celle d'un animal à sang froid et regorge d'ingéniosité.

Deux hommes, trois femmes. Un couple particulièrement. Il s'affronte, se bat, se repousse. La montée en puissance des désaccords, des différences, des provocations va de paire avec l'expression hargneuse des visages. Les corps sont alors les mots qui voudraient être criés. Les chutes se multiplient dans une violence que l'on croit improvisée alors qu'elle découle d'une précision chorégraphique extrême ! Les énergies vont tout feu tout flamme et l'on se demande parfois si les chamailleries vont bien se terminer. C'est alors que surviennent les pointes d'humour, via la présentation de l'ergonomie de la cuisine par exemple, permettant au public de se libérer de son apnée incontrôlée.

Enfin la douceur et la poésie d'un homme et d'une femme recouverts de farine, se mouvant en accord avec une table, se portant l'un l'autre comme scotchés, se pétrissant comme une pâte, achèvent de me convaincre de l'étonnante performance de cette compagnie.

Le sentiment final est que tout colle, tout coule de source. Je suis curieuse de savoir à partir de quels textes les danseurs ont travaillé. Quelle a été leur inspiration première. Car si tout est dans l'extrême en ce qui concerne l'énergie dégagée, on ne se sent absolument pas dans un show extrémiste, déjanté. Sans doute est-ce parce que les danseurs y décrivent le quotidien avec ses déséquilibres. Première étape vers une remise en question nécessaire.

Une chose est sûre, le spectacle est total, multiple et incontournable si l'on a besoin de passion, d'une grande claque ou d'un défouloir !

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La Rimule 05/06/2007 12:41

Tu sais donner envie toi !!! ça a l'air original en plus...

freesia 05/06/2007 12:49

Très novateur en tout cas ! biz

Sand 05/06/2007 10:11

ça a l'air génial! merci de cette découverte...