Dec/off/rage de François Grippeau

Publié le par freesia

Dec/off/rage françois grippeauDec
Quand la salle est ouverte au public qui occupe peu à peu les fauteuils, deux danseurs sont déjà sur scène. Cela n’aurait plus rien de surprenant puisque multiples sont les pièces qui débutent dès le premier spectateur entré. Pourtant pour ma part la surprise reste totale car la scène n’est pas éclairée, les danseurs sont en tenue d’échauffement et, justement, accomplissent ce dernier. Lentement, assurément, les exercices d’assouplissement s’enchaînent. Rare est le public qui s’y intéresse. Rien de spectaculaire. Et pourtant l’occasion est donnée de voir l’avant. L’avant spectacle. L’avant mise à nue. Beau cadeau. Beau défi pour ces interprètes qui peuvent observer simplement leur public pendant leur pratique. En même temps, l’image est forte : « ça, c’est déjà moi, tout comme vous êtes déjà vous ; restons simples ». La salle s’assombrit peu à peu, la scène s’illumine sur les deux danseurs qui marquent une chorégraphie. Déjà vive, dynamique, gorgée de portés et de passages au sol acrobatiques, elle est rythmée uniquement par la voix et le souffle des hommes. Ils ajustent, précisent verbalement, s’esclaffent d’un geste rattrapé à la limite. Ils soufflent. L’on ressent l’énergie consommée par ces corps. Puis effectivement ce n’était qu’un marquage. Arrive la réelle interprétation qui demeure une découverte totale puisqu’elle s’effectue les yeux bandés. Oui, les deux interprètes ont leur visage recouvert par leur tee-shirt et démontrent à quel point le marquage était un accaparement du volume. Il est inscrit en eux. Ils le vivent. Si bien qu’ils se retrouvent là où il faut pour les portés, au bon instant, dans la bonne énergie. Il ne s’agit pas d’une minute ou deux dansées ainsi mais plutôt d’un quart d’heure. Tant de secondes pendant lesquelles chacun aurait l’occasion de perdre ses repères, lors d’un roulement au sol, lors d’un tour, ou d’un arrêt. La cohésion est optimale dans ces mouvements rapides, qui visitent tout l’espace de la scène. Performance.
Off
La deuxième pièce invite à la poésie. François Grippeau interprète un solo dans une ambiance vaporeuse, sereine, habillé intégralement par la lumière. Ainsi la nudité de son corps n’est à aucun instant gênante, provocante, inutile. Ce corps est enveloppé par ces faisceaux lumineux. Il est de plus côtoyé par son clone lumineux. Une projection d’un corps humain quadrillé, qui se meut autour, sur, dans le danseur. Difficile à expliquer, très pregnant, prenant. Un texte en anglais semble comme chuchoté qui s’apparente à de la poésie. Quelle fluidité, surtout au sol où les gestes sont si bien pensés pour chaque angle de vue. Pour qui n’a jamais vu de danse, ce solo est la preuve qu’un homme a tout à exprimer par le geste pur, doux, presque épuré, essentiel au sens profond de source, et que cela même lui confère sa virilité, sa force, son identité.
Rage
Avec cette troisième pièce, le burlesque digne de Tati ou Keaton s’offre à nos yeux. A la fin du solo, trois danseurs apportent à François Grippeau vêtements et tennis. Jouant les paravents, les danseurs entament un jeu de pince sans rire. Acrobaties, joutes, la danse est inhabituelle et pourtant pleinement danse. L’un des quatre fait office de bouc émissaire (consentant) qui induit des situations loufoques. Des poses enchevêtrées à 4 à la Ubu, des lancés d’homme bien réceptionnés, des méli-mélos scotchés au ruban adhésif, une nouvelle espèce de saltimbanques fait jour. On se demande comment ils vont se sortir de ce jeu qui fait tant sourire par son impertinence autant que par sa pertinence lorsque s’amorce un au revoir des plus étonnants. Une danse d’hommes, novatrice, nourrie d’une réflexion sur la relation entre humains. Vision originale. Une danse plus proche de nous, de la réalité, de ceux qui croient de rien savoir de la danse. Une danse d'une qualité irréprochable.Assurément mon coup de cœur de la saison 2008/2009 !

Durée : 1 H10
Chorégraphie : François Grippeau
Collaboration artistique : Stéphane Pauvret
Interprètes : Marc Têtedoie, Eric Domeneghetty, Raphaël Delaine, François Grippeau
Vidéo : Ollivier Moreels
Lumières : Guillaume Cousin

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Frédéric Delalot 01/10/2009 11:29



Danse humaine et post-humaine : vision. Très intéressant. Bonne journée.



students resource 19/09/2009 08:22

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La Rimule 17/09/2009 12:45

J'avoue que moi je n'ai jamais vu ça. C'est marrant !

freesia 17/09/2009 12:57


alors à voir absolument !