Gustavia par Mathilde Monnier et La Ribot

Publié le par freesia

© Marc Coudrais
Gustavia Monnier La ribotDes rideaux noirs de théâtre jonchent la scène. En fait, il y en a partout comme tombés de leurs accroches, à tel point qu’on ne peut les compter. Certains sont encore suspendus et délimitent des coulisses dont sortent lentement et calmement Mathilde Monnier et Maria La Ribot vêtues de justaucorps et tee-shirts à manches longues noirs, jambes nues, chaussures de caractère.
Gustavia est en scène dans cette espèce de boîte tapissée.
Tout à gauche, en avant-scène, les deux interprètes rejoignent un micro sur pied. Silence total. Pendant ce qui va sembler des minutes pour les uns, des secondes pour les autres, elles entament un dialogue constitué uniquement de pleurnicheries. L’émulsion burlesque se rythme et prend. L’on ne sait si l’on doit pleurer (ces pleurnicheuses professionnelles y réussiraient !) ou rire tant l’on se complaît dans leur jeu filou. Point de danse pour l’instant et pourtant… deux corps qui nous parlent si intensément !
Le duo évolue vers un fauteuil central avec ce même jeu vocal. Chacune tente, l’air de rien, de faire chuter l’autre. Ou du moins de ne pas être la victime. Le rire explose chez le spectateur qui retrouve un air de Chaplin dans cette mascarade que l’on imagine orchestrée à la seconde près pour si bien fonctionner. A partir de là, pour qui veut retrouver l’ambiance des univers de Buster Keaton et autres génies du burlesque, le spectacle est entier ! Le drôle qui devrait ne pas faire sourire, le triste qui fait glousser, ce rire que l’on en parvient pas à réprimer malgré sa conscience, ce qui fait rire chez les autres mais pas chez soi, le burlesque si fin et par conséquent si profond va être exploré sous tous ses angles, par deux femmes qui plus est !
Sur une pluie d’orage, Gustavia devient une sorte de grenouille criarde qui occupe l’ensemble de la scène recouverte de tissu noir. Puis La Ribot, portant sur une épaule une barre encombrante, va générer une succession de chutes de Mathilde Monnier à la façon de ces films en noir et blanc où l’on faisait appel à des cascadeurs pour chuter qui en se faisant gifler, qui en se cognant. Danse douloureuse, danse écrite, danse que l’on croit facile alors que le corps et l’esprit sont en flux tendus.
De sorties discrètes en entrées tonitruantes, les deux interprètes ne désertent jamais la scène. Les transitions sont fluides et l’ambiance des saltimbanques, ces artistes de rue acrobates amusant la population dans les foires, plane. Le solo de La Ribot « qui voulait qu’elle mourusse » témoigne du talent de celle qui captive un public avec une unique phrase qu’elle décline très tragiquement avec toutes les fautes de conjugaison imaginables. L’art de l’autodérision combiné à celui de l’acteur.
Des costumes apparaissent comme pour rhabiller Gustavia, ici un chapeau de fou, là un pantalon relevé aux genoux qui finira par dévoiler les fesses de ces femmes
, ou encore des bottes noires. L’habillage sonore est très «humide» puisqu’une pluie fine apparaîtra, ou des gouttes tombant dans un seau.
Puis le silence terrasse comme pour réveiller le spectateur sous hypnose. En fond de scène, chacune sur un tabouret, Les deux interprètes, sans le moindre sourire, scandent un texte époustouflant. A écouter immanquablement. Durant un quart d’heure, une poésie très actuelle décrit les femmes sans en oublier une seule, campe La femme dans ses excès mais aussi ses qualités, ses constats, son quotidien etc. « Une femme délaissée… une femme aux grandes jambes… une femme et sa burka… une femme qui tire ses rides… une femme royale… ». Les duettistes récitent inévitablement un texte écrit et travaillé mais le talent les invite à l’improvisation ou au défit qui fait rire l’autre. Ainsi lorsque La Ribot parle de cette femme qui « apprend l’allemand seule chez elle le soir », je devine au sourire maîtrisé de Mathilde Monnier que la surprise est réelle.
En explorant un domaine souvent réservé à des hommes, La Ribot et Monnier ont dévoilé une facette surprenante et personnelle du burlesque. Il est évident que ce dernier a toujours eu un rapport étroit avec le corps. La finesse d’esprit demeure sa condition sine qua non. Les deux artistes l’ont dépoussiéré avec élégance.

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Frédéric Delalot 12/09/2009 02:02

Je l'affiche donc dans mes favoris.

Frédéric Delalot 11/09/2009 21:35

Ton blog est génial et rend bien compte de la danse dans sa diversité.