C’est tout d’abord par le son du vent que le public découvre Homogène, la dernière création d’Yvann Alexandre. Un son qui n’est peut-être pas celui du vent mais qui le suggère. Un vent contraire, un vent ciselant, un vent vif et usant. Celui qui ride les visages tout en berçant. Une lumière rasante d’un rouge intense laisse deviner deux corps au sol, accoudés, face à face. Il faut plisser les yeux, les faire s’adapter à cette pénombre pour deviner l’oscillation des bustes. Comme des spéléologues se faufilant dans une caverne, le public entre dans Homogène. En douceur, par contorsions mentales, il s’immisce dans un dialogue silencieux, corporel, entre deux hommes. Deux frères. Un homme et sa conscience, peut-être. Un homme et son miroir. Peu m’importe. Deux. C’est tout.
L’évolution musicale vers un chant classique, m’a-t-il semblé, qui laissera place à des cris rauques et saturés offre une plage de silence qui surprend sans stopper les danseurs. A aucun instant l’atmosphère n’est angoissante ou dérangeante. Elle est dense comme on parlerait de la densité du tirage papier d’une photo. Nul besoin d’un décor pour asseoir ambiance. Les jeux de lumières font croire que l’on distingue davantage les interprètes au fil du duo. Ce qui est sans doute vrai. Mais jamais d’un bloc. Un kaléidoscope. Des facettes  par-ci par-là. Tuniques noires, jambes rouges… Mais l’œil du public s’est habitué ; il est de connivence. Il voit.
Il ressent surtout. Cette complicité qui se traduit par une chorégraphie comme en miroir, affirmée mais d’une fluidité presque nuageuse, vaporeuse. Puis cette complémentarité qui fait que l’un retient l’autre, empêche ses chutes, le soutient. Enfin cette dualité qui induit des conflits : je serai dans la lumière, dans ce rouge dangereux ; non, je t’en repousserai.
Cette danse pointilleusement écrite paraît d’une spontanéité effarante. Elle transperce tant elle concerne chacun de nous, différemment sans doute, à des instants divers. Par des mouvements audacieux et inaccoutumés, des portés atypiques, les danseurs deviennent ici un drapeau qui flotte, là un oiseau qui protège, là encore cette balle qui rebondit pour mieux attaquer. Et l’on comprend que l’on n’est pas dans un rêve, celui de l’esthétique et du bon, mais bien dans la vie contrariante et contradictoire qui oblige à affronter, à affirmer, à endurer. Nous sommes en nous.
L’inextricable réalité peut donc se déchiffrer un peu par la danse d’Yvann Alexandre et être belle à voir malgré sa complexité !

Du 8 au 19 juillet 2009 à 13h50 au Grenier à sel. Relâche le 14.
2, rue du rempart Saint-Lazare. Avignon. Infos/Résa : 04 90 27 09 11. Tarifs : 13 et 9 euros

Par freesia - Publié dans : Chorégraphies vues en 2008/09 - Communauté : Le spectacle vivant - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
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© Aurélie Beaupel

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