Tragicos anhelos de la cie Esther Aumatell

Publié le par freesia

Crédit photos Bilgou
Pour sa nouvelle création, Esther Aumatell s'est concentrée avec plaisir sur la forme du duo. Cette pièce en deux parties, interprétée avec Ernest Mandap, se déroule sur une scène au sol blanc délimitée au fond par trois panneaux de tissu blanc qui descendent du plafond en quinconce. Ils favorisent les jeux d'ombre chinoise ainsi que les entrées et sorties des danseurs.
Le rideau s'ouvre sur Esther que l'on devine dans une pénombre voulue et bien calculée. On la voit quelques secondes comme flottante telle une plume portée au gré du vent, ou bien est-ce la sensation d'un poste de télé mal réglé. L'image flotte, grésille, la danseuse est suspendue. Les éclairages laissaient croire à une brume ; voilà que l'on découvre le tutu long blanc et ces baskets noires. Des musiques ecclectiques dont du punk-rock ou du classique  mettent cette "fleur qui danse" en mouvement. Des mouvements oscillants et vifs, des élans contrariés, des envols qui ne se réalisent pas. Les maladresses visibles sont volontaires et témoignent d'esprits qui voudraient "atteindre des sphères plus hautes" quand des "godillots noirs" les retiennent au sol, selon Esther Aumatell. Lorsqu'Ernest Mandap apparaît, c'est dans le même costume, la même déroute, le même élan. Les deux rebelles s'épuisent dans des tours portés par le seul bout de leurs baskets, dans des sauts chargés de puissance. Ils s'enlisent dans des phrases répétées à toute allure, dans un cercle qui resurgit sans cesse. Ils s'éreintent avant de se volatiliser. Bien loin du pastiche, la chorégraphe utilise des codes de la danse classique pour "explorer d'autres terrains gestuels".
La deuxième partie se joue en robe noire sur pointes noires avec une transition fantastique : Esther de dos, derrière un pan de tissu blanc, fixe sur ses jambes, se laisse emparer par une frénésie dansante. Son buste évolue en tous sens comme s'il recevait un courant électrique dont l'intensité serait variable. J'y retrouve cette impression de "fleur qui danse", cette beauté du geste presque incontrôlé, cette virtuosité dans la célérité.
Désormais des parapluies ainsi que des bancs sont les accessoires des ces interprètes en noir. Occasion de relier les duettistes. Un instant de questions-réponses oral apporte son lot d'interrogations supplémentaires ou de réconfort avec par exemple "pourquoi la danse?" : "parce que c'est mon langage".
Bref je maintiens que ce visage d'ange aux cheveux de déesse contraste d'autant plus avec cette énergie animale qui caractérise Esther Aumatell. Une facette singulière de la danse d'aujourd'hui qui pourrait éclairer quiconque veut découvrir cet univers.

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