Labyrinthe et Androgynes, créations 2008 de Claude Brumachon-Benjamin Lamarche

Publié le par freesia

Labyrinthe-ccnn.jpgphoto Laurent Philippe
Au Théâtre Graslin de Nantes samedi soir, le CCNN interprétait "deux pièces de l'instant".
Androgynes, un trio de vingt minutes avec Claude Brumachon, Claire Richard et le ténor Vincent Lièvre-Picard qui chantait des extraits de Benjamin Britten. Trois êtres humains vêtus des mêmes pantalons foncés et chemises blanches. Tous trois assis sur un minuscule tabouret, une lumière tombant à leur aplomb. Les danseurs sont de profil, l'un en avant-scène l'autre au fond. Le chanteur est de face lorsque le rideau s'ouvre. Sur la voix grave, les danseurs évoluent de la même façon en parfaite synchronisation. Quelques sons de pluie battante et de grondements d'orages ponctuent le tout pendant lesquels même le chanteur danse. L'harmonie est indéniable, l'osmose est là comme une évidence. La connivence parfaite. Deux corps dansant encadrent un corps chantant. Les respirations soutenues scandent un rythme, créent une musique qui n'altère pas le piano accompagnateur. Les chutes en avant sont spectaculaires : se jetant de leur hauteur, les danseurs donnent l'impression de se poser ou tout juste de rebondir vers une autre posture. Et la toute fin oblige le spectateur à anticiper un cri d'alerte... surprise réussie.

Labyrinthe,  avec Lise Fassier, Elisabetta Gareri, Vincent Blanc et Benjamin Lamarche pour les danseurs et Sandrine Sutter, mezzo-soprano, qui chante le Lamento d'Arianna de Monteverdi et l'Ariadne theseo. Vingt-sept minutes intenses sur une musique jouée sur scène par Diego Salamanca, guitariste et théorbiste. Minotaure, fil d'Ariane, Thésée, la Grèce antique qui fascine Benjamin Lamarche s'impose. Les costumes aux couleurs chaudes (rouge, orange, jaune, prune) et saturées jouent avec la lumière qui les sublime. La scène est dépouillée avec une chaise de profil côté cour, une autre côté jardin. Deux femmes et deux hommes pour faire parler leurs corps. Et cette chanteuse époustouflante dans son habit jaune profond qui réalise le prodige de continuer à chanter tout en se laissant installer par les danseurs dans des postures que l'on devine contraignantes pour la réalisation de son art. Les cinq sont interconnectés et le plongeon du spectateur dans la pièce est immédiat et intégral. Des allers et retours, des rythmes cassés, des duos dans la confrontation. La cohésion chanteur-danseurs est surprenante, elle semble avoir toujours existé. Le rideau qui se baisse sur les danseurs évoluant encore surprend par son air catégorique tout en étant original. L'on s'attendait à relire la mythologie encore plusieurs minutes ! J'invite ceux qui sont frileux s'agissant des créations de Claude Brumachon à se laisser tenter par une visite du Labyrinthe.
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