Phobos

Publié le par freesia

phobos.jpg© Jean-Jacques Brumachon
Phobos  par le Centre national chorégraphique de Nantes.
Chorégraphie de Claude Brumachon assisté de Benjamin Lamarche.
Création 2007 pour 18 danseurs.

Dès l'entrée dans la salle, le spectateur est surpris. Les gradins habituels ne sont pas là, l'éclairage non plus. Dans cette ambiance tamisée, l'on se souvient de la consigne donnée avant d'entrer : ne pas dépasser le cordon qui sépare la pièce avant qu'on ne le retire. Soit. Et l'on reste debout à observer les chaises lointaines promises afin de deviner de laquelle on "verra" le mieux. Puis soudain on se sent observé, épié, scruté.
Ils sont là-bas, les dix-huit danseurs. En fond de scène, immobiles, peu à peu éclairés. Ils appellent en silence au respect. Le brouhaha du public hagard s'amenuise ; la danse s'enclenche, l'excitation se déclenche.
Dans ce carré, engonsé derrière des poteaux qui s'apparentent à ceux qui maintenaient les grillages barbelés des camps durant la guerre, le groupe ne fait qu'un et témoigne d'une douleur et d'une force incommensurables. Saccades, frénésie, respirations accentuées, gestes sonores. Pas de doute, le style Brumachon est omniprésent. Phobos révèle un travail sur la peur, les peurs. L'évolution de ce groupe en six trios décortique les réactions individuelles, souligne l'influence de l'autre, par son soutien ou son accentuation. Puis comme une suite de dominos, la troupe s'extirpe de ce carré et la seconde partie peut commencer.
Le spectateur va occuper l'une des chaises installées sur la scène, en marchant sur quantité d'emballages de médicaments qui recouvrent le sol, pendant que les danseurs avancent au ralenti. Des sons d'eau ou les six palettes au sol ne sont pas sans rappeler Silence. Pendant près d'une heure, les danseurs vont évoluer, souvent en duos, parmi le public. Ainsi est générée une interactivée. D'abord par les regards qui sont cherchés par les danseurs, puis ancrés. Puis par cette proximité qui donne tellement envie de soutenir, soulager, voire d'interpeller ces interprètes de nos peurs. Les mouvements sont extrêmement rapides ou au contraire lentissimes, les passages au sol sont presque violents, les portés sont inpensables, exténuants, fantastiques. La "nage" d'humains dans une mer de médicaments ; la rage des hommes dans une mer de comportements. Les accrocs propres comme figurés ; les coups portés aux murs par ces corps si fragiles et si robustes. Le dénuement des costumes, un caleçon, un marcel et une cravate, tour à tour ôtés, retenus, tiraillés. Reliant les êtres entre eux ou les entravant eux-mêmes... Tout ici est performance physique, écriture chorégraphique de précision, puissance de l'interprétation.
Là où le spectateur pourrait craindre d'être pris à partie, il est surpris, invité et questionné par Claude Brumachon. Là où l'on pourrait tergiverser, le chorégraphe s'empare de l'essentiel. Il offre sa vision sans étouffer personne.
Comment les danseurs ont-ils ressenti chacun l'impact de cette proximité sur leur façon de danser, voilà qui m'intrigue.
Quoi qu'il en soit
, où que vous soyez placé, vous en prendrez plein les yeux !

Du 16 au 29 novembre 2007, rue Noire à Nantes.
Réservation obligatoire au 02 40 93 30 97.

Publié dans Danse

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Elodie la marguerite 20/11/2007 14:05

Aaaaaaaaaaaah , enfin ! je me demandais quand tu allais reprendre la plume.

freesia 21/11/2007 10:51

;o)

MonsieurX 19/11/2007 16:18

Vous me surprendrez toujours dans la justesse de vos mots pour décrire l'indescriptible, chere passionnée.

freesia 19/11/2007 17:27

tu as vu la même chose, alors? biz

La Rimule 19/11/2007 16:14

Ah ben ça, c'est l'effet électricien !!!Sinon "ton" spectacle, il fait un peu peur non ?, c'est bizarre comme truc.... mais ça fait naître aussi de la curiosité ! Bises !

freesia 19/11/2007 17:27

effectivement, ça pourrait faire peur... mais on est absorbé par l'ambiance malgré soi et rien n'angoisse ni ne terrorise si l'on se laisse porter par la danse. Viens à Nantes et j'irai le revoir avec toi ! biz