Expo photos
du 15 mai au 15 juin2008 Atelier Sablereau 10, rue du Vieux Couvent 85600Montaigu tél.02 51 94 11 21
Avis
Je suis à la recherche de danseurs et chorégraphes qui accepteraient que j'assiste à leurs répétitions afin d'effectuer un travail photo (sans flash) sur le
mouvement. Mon contact se trouve tout en bas de la page. Merci !
Dès l'entrée dans la salle, le spectateur est surpris. Les gradins habituels ne sont pas là, l'éclairage non plus. Dans cette ambiance tamisée, l'on se souvient de la consigne donnée avant d'entrer
: ne pas dépasser le cordon qui sépare la pièce avant qu'on ne le retire. Soit. Et l'on reste debout à observer les chaises lointaines promises afin de deviner de laquelle on "verra" le mieux. Puis
soudain on se sent observé, épié, scruté.
Ils sont là-bas, les dix-huit danseurs. En fond de scène, immobiles, peu à peu éclairés. Ils appellent en silence au respect. Le brouhaha du public hagard s'amenuise ; la danse s'enclenche,
l'excitation se déclenche.
Dans ce carré, engonsé derrière des poteaux qui s'apparentent à ceux qui maintenaient les grillages barbelés des camps durant la guerre, le groupe ne fait qu'un et témoigne d'une douleur et d'une
force incommensurables. Saccades, frénésie, respirations accentuées, gestes sonores. Pas de doute, le style Brumachon est omniprésent. Phobos révèle un travail sur la peur, les peurs.
L'évolution de ce groupe en six trios décortique les réactions individuelles, souligne l'influence de l'autre, par son soutien ou son accentuation. Puis comme une suite de dominos, la troupe
s'extirpe de ce carré et la seconde partie peut commencer.
Le spectateur va occuper l'une des chaises installées sur la scène, en marchant sur quantité d'emballages de médicaments qui recouvrent le sol, pendant que les danseurs avancent au ralenti. Des
sons d'eau ou les six palettes au sol ne sont pas sans rappeler Silence.
Pendant près d'une heure, les danseurs vont évoluer, souvent en duos, parmi le public. Ainsi est générée une interactivée. D'abord par les regards qui sont cherchés par les
danseurs, puis ancrés. Puis par cette proximité qui donne tellement envie de soutenir, soulager, voire d'interpeller ces interprètes de nos peurs. Les mouvements sont extrêmement rapides ou au
contraire lentissimes, les passages au sol sont presque violents, les portés sont inpensables, exténuants, fantastiques. La "nage" d'humains dans une mer de médicaments ; la rage des hommes dans
une mer de comportements. Les accrocs propres comme figurés ; les coups portés aux murs par ces corps si fragiles et si robustes. Le dénuement des costumes, un caleçon, un marcel et une cravate,
tour à tour ôtés, retenus, tiraillés. Reliant les êtres entre eux ou les entravant eux-mêmes... Tout ici est performance physique, écriture chorégraphique de précision, puissance de
l'interprétation.
Là où le spectateur pourrait craindre d'être pris à partie, il est surpris, invité et questionné par Claude Brumachon. Là où l'on pourrait tergiverser, le chorégraphe s'empare de l'essentiel. Il
offre sa vision sans étouffer personne.
Comment les danseurs ont-ils ressenti chacun l'impact de cette proximité sur leur façon de danser, voilà qui m'intrigue.
Quoi qu'il en soit, où que vous soyez placé, vous en prendrez plein les yeux !
Du 16 au 29 novembre 2007, rue Noire à Nantes.
Réservation obligatoire au 02 40 93 30 97.