Photo de François
Paolini
Ouverture du spectacle avec un extrait du Sacre du printemps. On est tout de suite dans le bain, aspiré par cette énergie, cette vivacité, cette musique.
Les effets de groupe transcendent les mouvements du duo central tout-puissant, tout-vivant, tout-dansant.
Les enchaînements entre chaque extrait de ballet sont fluides, mêlés, ininterrompus. Le maître nous raconte ainsi son histoire, son amour, sa danse et sa vie.
Les costumes, toute cette première partie, sont sobres, adéquats, exprimant la nudité parfois sans pourtant dévoiler celle des danseurs. Tout n'est que grâce, détail et qualité.
Et l'on s'en veut de n'avoir pas assisté à tous ces ballets. Roméo et Juliette nous laissent entrevoir l'interprétation que Béjart fait de Shakespeare.
Héliogabale sur une musique traditionnelle du Tchad nous surprend pour mieux nous envoûter avec sa rythmique. Les pas des danseurs y semblent si naturels et innés, triviaux et gracieux.
La (dé?)multiplication des binômes fait croire à une vue à travers un kaléïdoscope. Quand était-ce, monsieur Béjart? Pourquoi n'ai-je pas assisté à votre première?! L'intégralité de ce ballet ne
pouvait être que surprise, énergie, rythme et vie. Quoi de plus requinquant?
Puis viennent les Danses grecques et la musique de Théodorakis. Et l'on y comprend que la danse a un esprit de corps, un esprit de
groupe, où chaque danseur est une portion de fractale fier de contribuer à l'élaboration de l'image tout entière. Votre image de la danse. La grâce même y était incarnée par la soliste
vétue d'une justaucorps bleu clair, ce samedi après-midi. Souriante, exaltée, aérienne, elle nous fait oublier l'ambivalence du monde. Tout est en elle, dans son bien-être, dans la perfection de
ses gestes, dans l'exigence de sa musculature.
Avec les chansons de Brel et Barbara, s'invitent les costumes de J.P. Knott et l'émotion d'un temps pas si lointain. Le solo interprété sur Ne me
quitte pas chamboule autant le spectateur que la danseuse. La pureté plane sur le plateau. Pureté des intentions, des sentiments, de l'expression. Le jeune danseur qui interprète Dis
quand reviendras-tu? maintient cette atmosphère. La valse à mille temps et ses "tubes jaunes" renoue avec le groupe et l'énergie propagée par effet buvard.
Qu'on ne me soutienne pas que Quand on n'a que l'amour a été dansé par un duo, je n'ai vu qu'un seul et même être, une véritable fusion, générée par
l'amour, guidée par la danse, un seul et même être vous dis-je... c'est donc possible...
La deuxième partie voit les costumes de Versace monter sur scène. Le presbytère donne la chance inouïe à une soliste de gambader du bout de
ses pointes sur I was born to love de Queen ! La mer fait appel à U2. Preuve s'il en fallait une que le maître est toujours resté un homme de son temps, à l'écoute,
observateur.
Un tel condensé d'amour d'une vie, de danse d'une vie ne pouvait que se refermer sur Le sacre du printemps, comme une invitation a le garder en nous,
intense et présent à jamais. Comme un battement de vie qu'il faut préserver.
Et vous le savez, les présentations et salutations des danseurs lors de spectacles de Béjart sont toujours originales et proches du spectateur. On n'a pu
qu'admirer le salut final chorégraphié sur Show must go on de Queen. Monsieur Béjart, votre machine à remonter le temps a bien fonctionné, personne ne s'est pardu dans le
labyrinthe de vos créations, Roméo et Juliette nous ont pris par la main tout comme vous et le plaisir de vous accompagner fut réel et profond. Vos ballets sont nos jambes et avec eux tous
ensemble encore nous tracerons notre route. Merci, Maître !